#LeFootballVrai selon les footballeurs vrais: Episode 4 – Wilfried Gohel

Un soir de novembre 1993, ce blond « peroxydé » avait brisé le cœur des supporters lyonnais avec son doublé à Furiani. Un des derniers matchs de Pascal Olmeta sous les couleurs lyonnaises. Il avait fusillé par deux fois le Corse, chez lui.

Mais dans sa brasserie de Cannes la Bocca, le Baptistin, c’est un homme bien sous tous rapports qui reçoit. Un ancien footballeur à l’écoute, attentif, disponible. Un gars avec qui on a envie de jouer collectif et de refaire le monde. Un type qui choisit ses mots en ne les mâchant pas.

Il a un regard pertinent sur sa carrière, sur ses anciens coéquipiers, sur l’évolution du foot.  Beaucoup de recul et d’intelligence dans ses propos. Souvent drôle, parfois ému, Wilfried Gohel s’est confié pendant près de deux heures et fait partager ses souvenirs.

Quel est le nom du tout premier stade dans lequel tu as évolué ?

« Je ne me souviens plus du nom du stade mais j’ai débuté le foot dans un club proche de Cherbourg : le Octeville Hague Sports (OHS). Mon Papa en était le Président et on jouait avec les maillots de l’Ajax Amsterdam.

Mon premier match je l’ai joué à 6 ans, avec une fausse licence ! J’étais le plus petit de l’équipe et trop jeune d’un an. Mais comme j’avais quelques qualités, on m’a fait une licence avec un an de plus ! Dans mon district, Thierry Moreau (le Havre) et Jean Luc Dogon (Bordeaux) ont aussi fait une carrière pro. »

Te souviens-tu de ton tout premier but en club ?

« Je ne me souviens plus de mon tout premier but chez les jeunes mais parfaitement de mon premier but chez les pros. C’était à Amiens avec Valenciennes en D2. On fait 1/1 là bas. C’était un moment inoubliable, j’ai eu tout de suite  l’impression de rendre au club une partie de ce qu’il avait investi en terme de formation. C’est important de savoir que le club te donne beaucoup et que tu es là pour rendre. »

Le premier maillot que tu as acheté ou qu’on t’a offert ?

« Quand j’étais gamin, mes parents m’ont offert un maillot de Saint Etienne avec le sponsor Super Tele (NDLR : maillot porté entre 1979 et 1981). Mais le plus drôle c’est que le 3eme maillot qu’on m’a offert c’est celui de Strasbourg avec le sponsor CMDP. C’était le maillot de leur titre en 1979. Qui pouvait croire que 15 ans après je jouerai en pro à la Meinau sous ces couleurs ? »

As-tu déjà porté un cycliste ou un collant sous ton short ?

« J’ai toujours refusé de jouer avec des collants ou des cyclistes car je jouais toujours chaussettes baissées (quand on le pouvait). J’ai de grosses veines et ça pouvait entrainer des problèmes de circulation donc je ne mettais rien qui puisse me gêner. »

Avec ta première paye de joueur pro tu as offert un resto à tes potes ou tu t’es acheté un écran géant ?

« J’ai toujours privilégié les restos entre potes.

Ma première paye, je m’en souviens très bien. J’étais apprenti footballeur à Valenciennes, j’avais 17 ans et j’avais touché 330 Francs (NDLR : 50 euros) pour la période d’activité du 15/06/1985 au 30/06/1985.

C’est un moment incroyable : je gagnais de l’argent en faisant ce que j’adorais le plus : jouer au ballon. Quand des footballeurs pros disent qu’ils ont des problèmes de salaires, ce sont des escrocs ! »

Après une victoire, pour récupérer, t’étais plutôt du genre à boire un litre d’eau ou un litre de Kro ?

« Je ne buvais pas, donc on va dire 1 litre d’eau. Mais je vais avouer  un truc : après chaque match j’étais tellement excité que j’étais incapable de dormir ou même de manger. Et j’ai toujours passé la nuit entière, jusqu’à 5 heures du matin, quand on ne sortait pas, à jouer à la console de jeux. J’ai fait un nombre de parties incroyable sur Zelda ! »

T’es plutôt merguez frites ou sandwich au pâté ?

« J’ai toujours préféré le sandwich américain frites mais avec du jambon. Et surtout plein de mayo parce que j’adore ça. »

Niveau pompes, t’étais plutôt Diadora ou Patrick ?

« Je vais raconter une anecdote dont presque personne ne se souvient. Avec mon meilleur pote, Franck Leboeuf, à Strasbourg, on jouait en Adidas et on a été les premiers footballeurs à porter des chaussures de couleurs en 1994. Personne d’autre n’en avait. Elles étaient bleues et faites sur mesure. Après le match de coupe d’Europe contre le Milan AC, George Weah est venu me voir et m’a dit « tes chaussures sont trop belles, donne les moi Wilfried ». Mais je chaussais du 41 et lui du 44. Alors il a pris celles de Franck ! »

T’étais plutôt 16-18 en alu ou crampons moulés ?

« Tout dépend du terrain. Moi, ma hantise, c’était de glisser. Donc hors de question de jouer avec des moulés. Mais en fait les moulés Adidas étaient tellement confortables qu’on les utilisait en les coupant et en mettant des crampons en fer. »

Ton modèle de voiture préféré ?

« Je n’ai jamais aimé les voitures de sport. Comme j’ai eu tôt une famille, et depuis que j’ai joué à Strasbourg, je suis plutôt berline familiale Mercedes. »

T’es plutôt Jour de Foot ou Téléfoot ?

« Aujourd’hui, Jour de Foot, évidemment car Téléfoot n’a plus grand-chose à diffuser. Mais, pour moi, Téléfoot c’est un mythe de la TV et de mon enfance. Je me souviens encore de Pierre Cangioni, avec Téléfoot, le samedi soir à 23h. J’entends encore sa voix ! »

L’homme qui a marqué ta carrière ?

« Je n’ai jamais eu d’idole dans ma jeunesse. Mais le gars qui m’a le plus impressionné c’est Maradona. A l’époque du Barça ou du Napoli, c’était un joueur d’une classe immense.

Pour revenir à moi, j’ai envie de citer un coach qui m’a redonné du punch et que j’apprécie beaucoup : Frédéric Antonetti, mon entraineur à Bastia. Il était super proche de nous et en même temps super exigeant. Il a réussi à mener le plus petit budget de D1 en coupe d’Europe. Dès qu’il parlait au groupe, tout le monde avait envie de foncer avec lui. Il donnait l’énergie pour porter haut les couleurs de la ville et du club. La Coupe d’Europe c’était quand même une sacrée reconnaissance pour l’équipe, pour le coach et pour Bastia. On avait un groupe de revanchards morts de faim et rien ne pouvait nous arrêter. Même le coach venait manger avec nous après les matchs. Vraiment une super aventure. »

Le meilleur souvenir de ta carrière ?

« Je vais citer trois souvenirs mémorables.

Le premier, c’est le parcours en Coupe De France (CDF) avec Valenciennes quand on faisait jouer les jeunes. On bat Paris à Bollaert : c’était une histoire collective top à vivre. On a perdu contre Saint Etienne, 4/3, après un match de fou, et avec David Regis (NDLR : habituellement défenseur central) dans les cages car notre gardien s’était blessé. Mais lui, David, c’était un sacré athlète.

Le second c’est la finale de CDF avec Strasbourg. C’est au Parc des Princes, un stade mythique, le plus beau stade français pour moi. Bon, c’est aussi un mauvais souvenir car je joue tous les matchs jusqu’à la ½ et comme avec le coach ce n’était pas le grand amour il me met sur le banc pour la finale. Je rentre 10 minutes, en remplacement de Remi Garde (un gars exemplaire à tous niveaux) et on perd sur une frappe de Le Guen.

Le dernier enfin, c’est la Coupe d’Europe avec Bastia. Imaginez le stade en fusion. On joue le Steaua Bucarest et on se demande encore comment on perd l’aller là bas 1/0. Au retour, on mène 3/2 à la 80eme et on sent toute la ville pousser, on sent que tout est possible grâce au public qui ne demande qu’à chavirer. On donne tout, y’avait même Rep et les autres vedettes de l’épopée bastiaise dans les tribunes. On n’a jamais réussi à mettre le 4eme but malheureusement. »

Quand je te dis « Le Football vrai », ça t’inspire quoi ?

« Pour moi le football vrai c’est un foot gratuit et diffusé à la TV pour tous. Mais c’est aussi le rêve d’une Equipe de France qui joue gratuitement et qui donne toutes les primes et indemnités aux clubs amateurs. Faut pas oublier que l’EDF représente tous les français et qu’elle leur appartient. Note le bien : quand je jouais avec le maillot des espoirs ou des olympiques, je bandais comme un taureau. Oui tu peux l’écrire et tu peux aussi écrire que quand j’entends des gars dire que les sanctions contre M Vila et les autres sont exagérées je ne comprends pas. Quand on manque de respect au collectif, aux potes et au maillot, il faut une sanction à vie !

Je trouve vraiment dommage qu’on parle de plus en plus des mésaventures dans le foot que des belles histoires collectives.

Avec le sourire, Wilfried pense à ses potes : « Je fais des gros bisous à mon pote Jérémie Janot. J’ai su par échanges interposés qu’il avait dit que plus jeune j’avais été son idole. Bah lui aussi. C’est un mec de club avec une mentalité exemplaire, il  m’a fait rêver. »

Avant de retourner à ses clients, Wilfried Gohel confie une dernière chose et pas la moindre : « Je suis disponible pour être consultant TV ou radio. J’ai déjà eu l’occasion de commenter des matchs et j’ai adoré. Je rêve de recommencer. Faites passer le message ! »

Propos recueillis par Lyonnais gourmet

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