#LeFootballVrai par un journaliste vrai – Episode 11 : Joachim Barbier

Joachim Barbier est journaliste pour SoFoot. Auteur du livre « Ce pays qui n’aime pas le foot », il nous fait partager sa vision du football vrai. Attention, connaisseur.

Le match qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

Un match dont je dois être l’un des seuls tarés à me rappeler. Une rencontre de coupe de France, le tour de début janvier, entre le CS Thonon et l’AS Bézier à Annecy à la fin des années 70. A l’époque, Thonon était l’équipe un peu phare des Alpes et Béziers était en deuxième division. Il devait faire -15, il neigeait et le mecs de Béziers étaient à la ramasse et pour éviter la honte de se faire éliminer par une équipe d’amateur, avaient utilisé tous les moyens les plus tordus pour résister. Il y avait tout ce qui fait un match de coupe : des brutalités, des cartons, de la tricherie. Le stade était en feu, dans un coin où normalement on ne s’enthousiasme pas beaucoup. Dans le même genre, je me rappelle d’une finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Un Barcelone-Standard de Liège au Camp Nou. Les Belges avait marqué en premier et derrière le Barça avait mis une pression incroyable pour revenir. Même des joueurs considérés comme des artistes comme Carasco et Simonsen, s’étaient mis à découper du belge. Une vraie boucherie, loin de la soit-disante tradition de beau jeu du Barca. J’avais essayé un jour de parler à des journalistes catalans de ce Barca de sauvages pré-Cruyff, Tiki taka et Guardiola. Les mecs faisaient semblant de ne pas comprendre. C’était comme demander à Simon Wisenthal d’admettre que l’holocauste n’avait jamais eu lieu.

Le stade qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

Aujourd’hui, Furiani à Bastia. Le stade fait 17 000 mais ils font plus de bruit que les 60 000 de l’Emirates. Ils ont une vraie culture de l’intimidation, qui fait partie du football, contrairement à ce que raconte Thiriez et tous les dirigeants qui se prétendent modernes. Un stade doit rester hostile. Quand le PSG est venu en novembre dernier, des gamins de 6 ans faisaient des doigts d’honneur à Ancelotti. Devant moi, un vieux de 70 ans, a gueulé pendant 20 minutes : « Néné, ta mère est une salope ». Au bout d’un moment, Néné n’en pouvait plus. Il l’a regardé en lui faisant comprendre : » C’est bon maintenant, tu vas ma lâcher un peu ». Le mec a continué à l’insulter en fumant son cigarillo.

Le joueur qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

Massimo Crippa. Un Lombard qui a joué cinq ou six saisons à Naples à la fin des années 80. Et le mec est devenu plus Napolitain que les Napolitains, comme c’est souvent le cas avec les convertis. Je ne l’ai jamais vu ne pas contester une décision de l’arbitre. Souvent, il joignait les deux mains et regardait le ciel. T’avais l’impression qu’il appelait à chaque fois San Genaro, le patron de Naples, pour lui demander d’envoyer un sort maléfique aux arbitres.

Le But qui pour toi symbolise #LeFootballVrai

Le but de Falcao, celui qui permet au Brésil d’égaliser à 2-2, face à l’Italie à la coupe du monde 1982 en Espagne. Peut-être le plus beau match que j’ai vu.
Falcao embrouille toute la défense italienne sur une feinte de corps. Un mouvement presque imperceptible, du bassin, à l’opposé des passements de jambe d’un Christiano Ronaldo. Et derrière, il met une frappe aux vingt mètres, sans élan. Avec Zico, Falcao, Falcao, le Brésil de 1982 de Tele Santana représente ce que j’ai vu de plus beau en terme de synchronisation des mouvements. Le pire, c’est que t’avais l’impression qu’ils marchaient. Le football vrai, c’est pas des coureurs de 400 mètres.

Le maillot qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

Le maillot de l’Argentine, avec les bandes verticales bleues et blanches, pendant leur coupe du monde, en 1978. En coton, forcément. Faut que ça sente la transpiration, les auréoles, un vrai maillot de foot. On s’en fout de ces matières à la con censées assurer le confort des joueurs. On veut voir l’animal qui sue. C’est un peu le sang du taureau à la corrida. A cette coupe du monde, chaque match de l’Argentine a donné l’impression d’une mise à mort. J’avais aussi bien aimé celui du Pérou, avec la bande diagonale rouge sur blanc. Auxerre avait essayé de faire la même avec du bleu. Bon, tu sentais que ça le faisait moins avec la pub Chaillotine, la marque de Dinde de Bourgoin, sur le ventre de Dominique Cuperly.

Le club qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai 

Châteauroux. Déjà c’est la Berrichone. Ils évoluent au stade Gaston Petit et leur entraîneur c’est Didier Tholot. Trois noms qui donnent l’impression d’un acte de résistance altermondaliste. On est pas loin non plus d’un musée vivant du football vrai d’avant, à la « Coup de tête ». Si tu vas une fois à Châteauroux, tu comprends. Le président notable, les patrons de société de transport routier qui sponsorisent. Et puis pour des joueurs comme Jimmy Algerino.

Le Coach qui pour toi symbolise #LeFootballVrai 

Raymond Goethals, le Belge qui a offert la Ligue des Champions à Marseille. Le gars fumait la sans-filtre sur le banc de touche. Tu sentais que le bonhomme avait compris deux ou trois trucs avant les autres, y compris la façon dont il fallait gérer Tapie pour ne pas se faire trop emmerder. Il pétait régulièrement les plombs en conférence de presse. C’était plus un signe de candeur et de naïveté que de la colère. A l’opposé des coachs qui calculent chaque mot dès qu’un micro pointe son nez.

Le sandwich qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai 

Classique. Un merguez/moutarde. Bien grillée pour éviter l’intoxication. J’avais bossé pendant quelques mois pour des mecs qui faisaient la sortie des concerts et des stades avec leur stand. La plupart se gênait pas pour recongeler leur merguez. Une vraie menace sanitaire pour tous les supporters de l’époque. La dernière fois que je suis allé au Parc, ancienne version, et que j’ai demandé une merguez, le mec voulait me la faire payer 5 euros. Je lui ai rendue en lui disant d’aller se faire foutre. Il a sorti une espèce de couteau de boucher avec lequel il m’a menacé. C’est dangereux la merguez.

La boisson qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai 

Une liqueur qu’un supporter de la Juventus buvait avant un match de coupe de l’UEFA contre le Paris-Saint-Germain. Je crois que c’était en 89. J’étais allé voir le match retour, tout seul, avec un pote anglais. On se la mettait à la bière dans un bar à côté du Stadio Communale et ce type arrêtait pas de nous regarder bizarrement en nous voyant nous enfiler des pintes et parler anglais. J’ai compris en rentrant dans la tribune, la Filadelfia, pour laquelle on avait acheter deux places au marché noir. Une fois que tu étais rentré dans cette tribune qui était un peu le fief des Ultras, la densité empêchait de sortir pour aller pisser. D’ailleurs, je ne sais même s’il y avait des toilettes. Le pire, c’est que le mec qui buvait sa grappa où je ne sais quoi était venu nous voir pour nous demander d’où on venait. Mon pote avait dit : anglais. J’avais dit : Français. Et le gars de la Juve avait répondu : « Je chie sur les Français ! ». Quatre ans après le Heysel, le mec avait plus de considération pour un Anglais. Respect !

La compétition qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai 

La coupe de France, avec cette idée de génie des diffusions régionalisées sur France Télévision. On a l’impression d’être dans la France de Pompidou, devant Saint-Dié/Epinal qui sera suivi d’une émission de variété dans laquelle on pourra découvrir le talent d’un jeune chanteur hollandais du nom de Dave.

Propos recueillis par Alex Cariou

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