#LeFootballVrai selon les footballeurs vrais: Episode 8 – Bruno Bellone

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France Info avait annoncé par erreur son décès en 1998, quelques semaines avant le titre de Champion du Monde d’une Équipe de France avec laquelle il triomphait quinze ans auparavant. Rassurez-vous, Bruno Bellone est plus que jamais vivant. Après une fin de carrière mouvementée et beaucoup de très gros coups durs, il s’est relevé. En grand champion qu’il est resté. Sa voix rieuse et chaude revient sur son parcours trop vite arrêté, ses coéquipiers gentils et doués, sa passion du ballon dévorante. Volontiers blagueur, il évoque simplement le football. Comme une belle histoire de potes. Comme une superbe aventure avec de très chouettes rencontres. Il était doué, très doué. Peut être fut-il le meilleur ailier gauche vu en Équipe de France. Mais c’est avec humilité, pudeur et nostalgie qu’il a accepté de se raconter. Une autre idée du vrai football romantique.

Quel est le nom du tout premier stade dans lequel tu as évolué ?

« En amateur ? Le stade du Canet Rocheville dans les Alpes Maritimes. Je jouais 2ème avant centre.»

Te souviens-tu de ton tout premier match en pro ?

« Évidemment ! Avec l’AS Monaco, on joue à Sochaux et je remplace Jean Petit à 15 minutes de la fin. Je rentre et je marque un but. Y’a pas mieux. J’avais 17 ans. Tu vois le truc ? On te fait confiance et tu montres que le coach a eu raison. Attention, à l’époque, je n’étais pas pro. J’étais juste apprenti parce que tu ne signais pro qu’après 15 matchs. »

Le premier maillot que tu as acheté ou qu’on t’a offert ?

« Le seul maillot offert dont je me souviens, c’est le maillot Manufrance de Saint Etienne 1976. Celui de Rocheteau. C’était mon idole, Dominique, et mes parents m’avaient fait super plaisir. Tu te rends compte que quelques années après j’ai joué avec lui ? J’ai joué avec mon idole !»

As-tu déjà porté un cycliste ou un collant sous ton short ?

« Tu rigoles ? Ça n’existait pas à notre époque. Tu ne te souviens pas de nos mini-shorts ? Ça faisait plutôt genre « moule-bite ». »

Avec ta première paye de joueur pro tu as offert un resto à tes potes ou tu t’es acheté un écran géant ?

« La première fois que j’ai été payé pour jouer au foot, j’avais 14 ans et demi. J’avais un contrat de 360 francs par mois. Avec ça, à Monaco, tu t’achetais un jean et 2 places de ciné. Ensuite, quand j’ai commencé à gagner plus d’argent, c’était plutôt pour aller au resto. Après chaque match, on y allait en famille, on était 15 ou 16 à chaque fois ! »

Après une victoire, pour récupérer, t’étais plutôt du genre à boire un litre d’eau ou un litre de Kro ?

« Jamais d’alcool. De toutes façons, je ne dormais pas après les matchs. Surtout après les défaites. J’avais besoin de parler et je passais la nuit à refaire le match. »

T’es plutôt merguez frites ou sandwich au pâté ?

« Je n’aime pas les sandwichs. »

Niveau pompes, t’étais plutôt Diadora ou Patrick ?

« Au début on jouait avec la Pantofola d’Oro. Une paire de chaussures avec du cuir de kangourou ou un truc comme ça. Ensuite on a eu du Coq Sportif. Mais mes pompes favorites c’étaient les Copa Mundial de Adidas ! J’en ai encore deux paires. Vraiment fabuleuses ces chaussures. »

T’étais plutôt 16-18 en alu ou crampons moulés ?

« Je jouais toujours en moulés. Pour que j’utilise des glissés, fallait vraiment que la pelouse soit proche de l’impraticable ! »

Ton modèle de voiture préféré ?

« C’est difficile à dire. Mais la première belle voiture que j’ai achetée, et c’était ma voiture de rêve, c’est une Mercedes décapotable. Et tu sais pourquoi ? Parce que c’était la même que dans le film American Gigolo. Bon, c’est vrai, elle était un peu dépassée quand je l’ai eue ! »

T’es plutôt Jour de Foot ou Téléfoot ?

« Génération Telefoot ! La belle époque avec Pierre Cangioni et Didier Roustan. Tu sais que c’est Didier Roustan qui a trouvé mon surnom (NDLR : « Lucky Luke) pendant un plateau TV ? Je crois que c’était ma première émission. Didier c’est un vrai pote. Et en même temps une encyclopédie du foot. Il a même joué à un bon niveau. Parait qu’il distribuait pas mal sur le terrain si tu vois ce que je veux dire ! »

L’homme qui a marqué ta carrière ?

« Gérard Banide, forcément. C’était mon coach à l’AS Monaco. Il m’a fait confiance et il a lancé ma carrière. Ma première titularisation c’est contre le PSG au Parc des Princes. Tu imagines ? Dans le bus en arrivant au stade, il vient vers moi et me dit : « montre nous ce que tu sais faire ». Je marque pendant le match et je fais marquer. A la fin du match il revient vers moi et me dit « t’as été au rendez-vous ». Ma carrière était en marche. »

Le meilleur souvenir de ta carrière ?

« Obligatoirement l’Euro 1984. C’est un truc qu’on a envie de vivre. Au départ, en centre de formation, tu rêves d’être pro. Puis, si ça marche, tu rêves de l’équipe de France. Et quand tu es en Équipe de France, tu fais tout pour y rester. Moi, j’ai passé 8 ans en EDF et je n’ai jamais eu un seul problème. On était tous potes en 1984. Ce sont des moments inoubliables, mais, sur le coup, tu ne réalises pas qu’il faut profiter de l’instant. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est plutôt chacun pour soi et que l’argent modifie un peu tout. Mais moi, le foot, c’était ma vie. Quand j’ai arrêté à cause d’une blessure à 28 ans j’en suis devenu malade. Franchement, comment peut-on arrêter à 30 ans juste parce qu’on en a marre ? La vraie question à se poser c’est plutôt quand doit-on arrêter ? Je me souviens que Michel (NDLR : Platini) m’a dit au moment de sa retraite : « je préfère arrêter en étant encore en haut ». Ça m’a marqué. Regarde le petit Messi, il arrêtera peut être avant 30 ans mais il aura tout gagné ou presque. Alors, lui, c’est un extraterrestre. Et on me dit « oui mais serait-il aussi fort s’il jouait ailleurs qu’à Barcelone ?» C’est du blabla. Pourquoi veux-tu que Messi quitte le meilleur club du monde et une ville où il semble se plaire ? Faut pas non plus oublier tout ce que le club a fait pour lui quand il était gamin. Je suis sûr qu’il y pense. »

 

Quand je te dis « Le Football vrai », ça t’inspire quoi ?

« Le Football Vrai, pour moi, c’est notre époque (NDLR : années 80). On jouait pour un club et pour une identité. Quand t’es bien à un endroit faut y rester. Moi je voulais passer toute ma carrière à Monaco et quand j’en suis parti, ça m’a fait très mal. J’ai quitté le club dans des conditions ubuesques. C’est vrai que je ne jouais plus beaucoup, mais je n’aurais jamais du partir ! »

« Tu vois là, je pense à tous mes anciens partenaires et je me dis qu’on a vécu de supers moments de foot tous ensemble. Je les embrasse si ils me lisent ! »

Bonus Une/Deux

France RDA 1984 Bruno BELLONE

Si je te dis :

AS Monaco ? Toute ma jeunesse

Claude Puel ? Il a réussi grâce à un mental énorme

Manuel Amoros ? La classe, le meilleur arrière latéral du monde

Rolland Courbis ? Toujours là pour m’aider pendant mon parcours à Monaco. J’aimerais bien le revoir. Tu peux l’écrire ?

Daniel Bravo ? Le petit prince doué et fonceur

Yvon Le Roux ? Le Sage

Bernard Genghini ? Pfff, la classe. C’est le plus doué devant le but que j’ai vu avec Youri Djorkaeff

Marcel Dib ? Mon ami. Le combattant, le fer de lance.

Youssouf Fofana ? Un mec adorable, un talent fou mais du mal à être régulier.

Omar Da Fonseca ? Très gentil garçon. Un briscard sur le terrain

Soren Lerby ? Le chambreur. Le roi du petit pont à l’entrainement.

Luc Sonor ? Un ami. Très doué.

AS Cannes ? Grande année, grandes rencontres notamment avec Jean Fernandez

Jean Luc Sassus ? Le plus rapide

Guy Lacombe ? Un bon joueur de D1

Boro Primorac ? Le joueur le plus intelligent sur le terrain. Un pote. Le roi de l’anticipation et du placement.

Jean Marc Pilorget ? Adorable garçon et solide au poste.

Frank Durix ? Le phénomène. Techniquement fantastique, impressionnant physiquement pour son gabarit, il aurait pu faire une carrière internationale immense.

Luis Fernandez ? L’indispensable gagneur dans une équipe

Zinedine Zidane ? Il jouait libéro avec nous. Très au-dessus mais pas rapide. Franchement personne ne pouvait dire alors qu’il deviendrait ce joueur phénoménal.

Yannick Stopyra ? Un très bon ami. Lors de la CDM 1986 il est au top, un gros client pour les défenseurs.

Jean Fernandez ? Exceptionnelle personne. Aimé par les joueurs, toujours le besoin de réfléchir ensemble et de partager. On se battait pour lui.

Montpellier ? Une déception, j’étais blessé, alors que c’était un club où je me suis super bien senti.

Loulou Nicollin ? Le passionné. Qu’est-ce qu’il aime ses joueurs !

Carlos Valderrama ? La top classe au niveau du talent.

Julio Cesar ? Le monstre, tu te souviens de sa frappe de balle phénoménale ?

Laurent Blanc ? Intelligent. Il jouait milieu défensif très offensif avec nous.

Roger Milla ? On partageait notre chambre ! Un phénomène. La seule question à laquelle il ne répondait pas c’était sur son âge. Il n’a jamais su sa date de naissance.

Équipe de France ? La révélation, tu n’as jamais envie d’en partir

Maxime Bossis ? Le meilleur défenseur du monde

Marius Tresor ? L’exemple

René Girard ? La gagne

Alain Giresse ? Le même immense joueur que Platini

Michel Hidalgo ? Super mec, toujours là, il n’a jamais changé

Henri Michel ? Très bon ! Il n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait et je crois que ça lui a porté malheureusement préjudice

Bernard Lacombe ? Le renard des surfaces

Patrick Battiston ? La gentillesse

Jean Pierre Papin ? La spontanéité. Il ne se posait jamais de questions sur le terrain, c’est une vraie qualité.

Daniel Xuereb ? Daniel c’est un amour de type dans un effectif

Philippe Vercruysse ? La classe naturelle du footballeur

Michel Platini ? Un exemple pour nous tous. Toujours « grave » sûr de lui. A la mi-temps de France Yougoslavie pendant l’Euro 84, il me dit « y’aura un coup franc en deuxième MT, je vais le tirer et je vais le marquer ». C’était Michel. Tu te rends compte qu’il joue 2 Coupes du Monde à 60% de son potentiel parce qu’il est blessé ? Et il marque à chaque fois ! Personne n’en parle de ses blessures mais sans elles on peut aller au bout !

Euro 84 ?  Mes plus beaux moments

CDM 1982 ? La meilleure équipe du monde. Mais Michel m’a dit ensuite : « si on va en finale contre l’Italie, on perd la finale ». Alors…

CDM 1986 ? Guadalajara et le Brésil évidemment !

Le face à face avec Carlos en prolongations ? Le gardien (NDLR : Carlos) doit être expulsé et en plus je me blesse sur l’action (béquille)

Le penalty face à Carlos ? Son dos ! Franchement j’avais la haine, je devais marquer.

Seville ? Dans les vestiaires tout le monde pleurait. Moi j’avais 19 ans et j’ai compris après pourquoi il y avait tant de pleurs. Certains n’ont jamais revécu de CDM ou d’instants aussi incroyables que ce match.

Les 3 coéquipiers avec qui tu ferais une équipe ? Platini, Giresse, Bossis

Les 3 meilleurs joueurs contre qui tu as joué ? Maradona. Quand j’ai joué contre lui en 1986 au Parc des Princes, je ne me suis pas échauffé pour le regarder jongler. C’était fabuleux. Mais la seule équipe dont j’aurais eu super peur si j’avais du jouer contre elle, c’était notre Equipe de France parce que c’était la meilleure du monde !

Lyonnais gourmet

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