Rouen – Quevilly, un derby made in Normandie

tifo de fou

Le FC Rouen accueillait vendredi l’US Quevilly, au stade Robert-Diochon, devant 3 789 spectateurs. Une affluence à faire pâlir les dirigeants de l’AS Monaco. Voyage dans les coulisses d’un match pas comme les autres.

C’était à la fin des années 70, le FC Rouen venait d’accéder à la 1ère Division. Les Diables Rouges, les vrais, pas le Manchester United ou l’équipe nationale belge, annonçaient la couleur à la télévision un soir d’accession. A l’époque, on ne joue pas au plus fin avec les journalistes, on annonce la Coupe d’Europe dans les trois ans et l’arrivée « très possible » de Carlos Bianchi. L’attaquant argentin prendra plutôt la direction du Parc des Princes, où il marquera plus de 60 buts en deux saisons avec le PSG. Quant aux rêves d’Europe, ils tournèrent vite au cauchemar pour une équipe qui reprendra aussi sec l’ascenseur pour la D2. Depuis, le FCR fait le yo-yo, entre retour en D1 et chute vertigineuse en CFA2, entre espoirs sportifs et débandades administratives. Il y a bien longtemps que le club n’est plus la tête de gondole du football haut-normand. Le Havre, rival historique, ennemi préféré, évolue un ton au-dessus depuis bien longtemps. Les derbies du coin sont moins ronflants depuis quelques saisons, ils opposent le FC Rouen à Dieppe, Pacy-sur-Eure ou à l’US Quevilly. C’est d’ailleurs cette dernière qui se rendait au stade Robert-Diochon vendredi dernier, une enceinte rouennaise construite sur le sol… quevillais ! Le siège social et le stade y sont implantés, un cas unique en France à ce niveau.

Cette année, l’USQ n’a pas encore gagné un match. Régis « bogoss » Brouard s’en est allé à Clermont après avoir fait des miracles en championnat National, mais surtout en Coupe de France, où les Canaris (les vrais pas les Suaudeau, Bossis ou Ouedec) n’ont échoué qu’en finale contre Lyon la saison dernière. Le FC Rouen n’est pas au mieux, son parcours en dents de scie est surtout plombé par les quatre points de pénalité retirés par ces salauds de la DNCG il y a deux semaines. Sous prétexte que les comptes fournis à l’organe de contrôle n’étaient pas authentiques. Admettons. Le nouveau président, Thierry Granturco (un temps candidat au rachat de Grenoble) fustige le comportement de son prédécesseur et ne s’est pas fait prier pour faire appel de la sanction.

Dans la semaine qui a précédé le match, personne ne s’est emballé. Le 10ème contre le dernier, ça ne fait pas rêver. A Rouen, on doit même faire sans William Louiron, capitaine courage. Miossec, en son temps, avait rendu hommage à Will en écrivant les paroles de la chanson Evoluer en D3.

Mais je ne suis qu’un bon cheval
Ou un gros bourrin, tu as le choix
Un arrière droit assez brutal
Evoluant en D3
Qui sent la bière et l’animal
Les tacles et la mauvaise foi

Côté USQ, les nombreux autocollants en ville, au cul des bagnoles ou sur les boîtes aux lettres, rappellent l’épopée des Canaris en Coupe de France l’an dernier. Leur descente de l’avenue Jean-Jaurès, sorte de Champs-Elysées du pauvre, dans un bus à impérial, restera comme un grand souvenir dans le cœur des habitants de la ville. Certains ont même déjà acheté le livre retraçant le conte de fée, cadeau de Noël idéal pour les vrais supporters. Il faut dire que ces derniers temps, ils n’ont pas été gâtés par le piètre spectacle proposé au stade Aimable-Lozai, lui aussi sur le territoire du Petit-Quevilly, mais côté mairie, pile en face du Five, la salle de foot en salle de Jean-Marie Aubry. Au Café du Centre, ils sont nombreux à avoir eu leur quart d’heure de célébrité, lorsque les caméras de toutes les télés venaient les interviewer sur le formidable parcours du Petit-Poucet en coupe. Depuis, ils supportent bien mieux les petits jaunes avec un glaçon, accoudés au bar, que dans les tribunes de Lozai : l’USQ a tout paumé, ne signant que 5 nuls et 11 défaites en 16 matches.

Le décor est planté, le match comptant pour la dix-septième journée de championnat peut commencer. Dans la tribune officielle, quelques élus et notables encadrent Valérie Fourneyron, ministre des Sports, habituée du stade Robert-Diochon. Et pour cause : au début des années 90, elle était médecin du club et suivait les matches depuis le banc de touche. Elle se souvient notamment du 1/8e de finale de Coupe de France, saison 92/93. L’OM s’était imposé 1-0, penalty de Rudi Völler consécutif à une faute sur Igor Dobrovolski… en dehors de la surface. « Je m’en souviens d’autant plus que nous avions perdu deux joueurs en cours de match. Ils s’étaient fait les ligaments… », raconte encore la ministre.

Sur le terrain, les Rouennais dominent nettement des Quevillais tétanisés par leur série de mauvais résultats. Les Canaris accumulent les erreurs défensives, rendent le ballon rapidement à l’adversaire. La punition arrive à la 44ème minute, lorsque Julien Jahier, transfuge d’Epinal à l’intersaison, s’arrache du marquage pour placer une tête rageuse. Le gardien quevillais, pas toujours serein, ne s’en remettra pas. La deuxième période est triste à s’endormir, il faut quelques chants du kop pour ne pas sombrer. La pelouse, déjà grasse en début de rencontre, s’est gentiment transformée en soupe d’épinards au fur et à mesure que les sangliers de D3 la piétinaient.

Les Rouennais se sont fait priés

But de Julien Jahier

But de Julien Jahier

solidarité quevillaise avec les roux

solidarité quevillaise avec les roux

Le spectacle n’était pas vraiment sur la pelouse, ni tout à fait dans les tribunes. Les rues étaient plutôt calmes après le derby. Non, l’info de la soirée était à chercher ailleurs. Parce que ce stade respire Le Football Vrai, il fallait aller plus loin, du côté des baraques à frites, derrière la tribune Sud. Plusieurs spectateurs apprenaient en effet que leur vendeur de casse-croûte de toujours, Yves Bons, s’en allait pour de bon. Quarante-cinq ans qu’il vendait de la frite et de la merguez les soirs de match. Depuis 1966, il n’a manqué que deux matches des Diables Rouges à domicile, pour cause de maladie. Dans sa roulotte, il ne se sépare pas des coupures de presse du début des années 80 qui retracent l’étonnant record d’invincibilité à domicile en D1. A la fin de la saison, il rend définitivement son tablier. Peut-être aura-t-il le temps alors de regarder une partie dans sa totalité. En plus de quarante-cinq ans, ça ne lui est jamais arrivé…

Freddy Lamme

Bonus : Les consignes du photographe

La scène se passe en première période. Au cours d’un arrêt de jeu, le photographe d’un célèbre quotidien régional interpelle William Dos Santos, le portier quevillais, alors à trois mètres de lui. « Engueule tes gars, ils ne se replacent pas assez vite là… ». Le gardien : « Tu veux mes gants ? » L’autre, sans se démonter outre mesure : « Quoi ? Tu veux mon appareil ? ». Le jeu reprendra, ponctué par les « Calme ! Calme ! » du photographe-coach. Surréaliste. Peut-on imaginer un instant un photographe de l’Equipe dire à Sirigu de quel côté il doit plonger sur un penalty de l’attaquant adverse ? Dans le Football Vrai, c’est possible.

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