Moi Clément Chantôme, je refuse le ballon d’or

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Monsieur le Secrétaire Blatter,

D’après certaines exclus parues dans 233 médias sportifs et dont j’ai eu connaissance aujourd’hui en lisant FootPipeau, j’aurais cette année quelques chances d’obtenir le Ballon d’Or. Bien qu’il soit présomptueux de décider d’un vote avant qu’il ait eu lieu, je prends à l’instant la liberté de vous écrire pour dissiper ou éviter un malentendu. Je vous assure d’abord, Monsieur le secrétaire, de ma profonde estime pour la FIFA, ses buffets, ses petits fours, son pinard et le prix dont elle a honoré tant de Pharisiens des terrains. Toutefois pour des raisons qui me sont personnelles et pour d’autres qui sont plus objectives, je désire ne pas figurer sur la liste des lauréats possibles et je ne peux ni ne veux, ni en 2012, ni plus tard, accepter cette distinction honorifique qui baffoue les valeurs du football vrai, celui des deux pieds gauches de Jérémy Toulalan, celui des courses du Sanglier des Ardennes Pius Ndiefi, celui des chandelles d’Ibrahima Bakayoko et des missiles sol-sol de Teddy Bertin…

Les raisons personnelles sont les suivantes : mon refus n’est pas un acte improvisé. J’ai toujours décliné les distinctions commerciales. Lorsque après la guerre contre le Hertha Berlin, en 14-18, on m’a proposé le trophée d’homme du match, j’ai refusé parce que la vraie saucisse, c’est la merguez devant le Parc des Princes, pas la Knacki de chez Liddl, pas la Hertha de Marcelinho, pas la Kurrywurst de Frankfurt !! De même, je n’ai jamais désiré entrer au Macumba de la Place Vendôme comme me l’ont suggéré quelques-uns de mes amis parce que « la soirée vraie », c’est au Kitsch à taquiner la truite et la sardine. C’est autre chose de dédicacer un but à Laurent Leroy sur une bandelette « Toifilou » dans la chaussette que dédicacer un tas de ferraille en or plaqué devant les pachydermes bureaucratiques. Le joueur vrai doit donc refuser de se laisser transformer en institution même si cela a lieu sous les belles formes de Charlize Theron.

Mes raisons objectives sont les suivantes : le seul combat actuellement possible sur le front de Football Vrai (et sur le nez de Zlatan) est celui pour la coexistence pacifique des deux cultures, celle de la merguez-oignons et celle de la galette-saucisse. Je ne veux pas dire qu’il faut qu’on s’embrasse, je sais bien que la confrontation entre ces deux cultures doit nécessairement prendre la forme d’un conflit, mais elle doit avoir lieu entre les hommes et entre les cultures, sans intervention des institutions. Mes sympathies vont indéniablement à la merguez et à ce qu’on appelle le bloc Makelele, mais je suis né et j’ai été élevé dans une famille divine affublée de galettes en guise d’auréoles. J’espère cependant bien entendu que  » le meilleur gagne « , c’est à dire la merguez trempée dans la pinte de Kro.

C’est pourquoi je ne peux accepter aucune distinction distribuée par les fausses instances de Zürich. Pendant la guerre du Qatar, alors que nous avions signé le « Manifeste des Adorateurs de Safet Susic », j’aurais accepté le prix avec reconnaissance, parce qu’il n’aurait pas honoré que moi mais aussi la liberté pour laquelle mous luttions. Mais cela n’a pas eu lieu et ce n’est qu’à la fin des combats que l’on m’a décerné le prix.

Et donc, moi, Clément Chantôme, j’ai refusé le Ballon d’Or 2012 parce que je refuse que l’on me consacre avant mon retour, chez moi, là haut dans les Cieux. Aucun artiste des pelouses, aucun écrivain de la légende du ballon rond, aucun mi-homme, mi-Dieu ne mérite d’être consacré de son vivant, parce qu’il a encore le pouvoir et la liberté de tout changer.

Le Ballon d’Or m’aurait élevé sur un piédestal alors que je n’avais pas fini d’accomplir la prophétie, de prendre ma liberté et d’agir, de m’engager dans les « intervaux ». Toute demi-volée de légende aurait été futile après, puisque déjà reconnue de façon rétrospective.

Imaginez: un Lilian Nalis pourrait recevoir ce prix et se laisser aller à la déchéance verbale, tandis qu’un autre Sylvain Kastendeuch pourrait devenir encore meilleur. Lequel des deux méritait son prix? Celui qui était au sommet et qui a redescendu la pente ou celui qui fut consacré avant d’atteindre le sommet? J’aurais pu être l’un des deux, et jamais personne (si ce n’est Dagui Bakari) n’aurait pu prédire ce que je ferais. On est ce que l’on fait. Je ne serai jamais récipiendaire du Ballon d’Or, tant et aussi longtemps que je pourrai encore agir en le refusant.

Je vous prie, Monsieur le secrétaire d’accepter mes excuses et de croire à ma très haute considération.

Clément Dieu Chantôme, mangeur de merguez.

@Pierre_B_y

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