#LeFootballVrai selon les footballeurs vrais : Episode 10 – Marc Libbra ( Partie 2/3 )

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Marc, peux tu nous parler un peu de ta formation à l’OM ?

« Je dois tout à ce club. Au départ, j’ai fait un stage Bernard Bosquier et mes parents savaient que 4 clubs me suivaient (l’om, Le Havre, Montpellier et Saint Etienne). Mais, moi, je n’étais pas au courant !

C’est Henri Stambouli qui m’a repéré puis formé. Le centre de formation de l’OM, c’était folklorique ! On n’avait pas de stade fixe pour s’entrainer et on logeait dans une villa boulevard Michelet. On prenait tous le bus 3 ou 4 fois par jour. Mais, en dépit de toutes les critiques, l’OM a sorti pas mal de joueurs à ce moment là : Echouafni, Boghossian, Cauet, Asuar, Marquet… »

Et tu passes pro…

« Oui ! Beaucoup de bonheur. En signant pro, je rêve d’une carrière à la Di Meco en ne jouant pratiquement qu’à Marseille. Je signe mon contrat avec Messieurs Levreau et Tapie. Bernard Tapie, c’était un extraordinaire meneur d’hommes. Il était dur avec les joueurs. Avec moi, ça a fonctionné, mais, parfois, des joueurs ont été inhibés. Au moment où je signe pro, je me souviens du match contre Milan avec le but de Waddle alors qu’il était KO. J’étais en Quart de Virage. Avec les supporters. C’était la folie. »

Tu as donc joué en D1 et en D2 avec l’OM…

« Bah oui. J’étais super fier et ému de jouer pour le club de ma ville. Et puis, dans l’équipe, y’avait des stars à tous les postes. Des stars, mais aussi et surtout de super mecs très humbles et super ambitieux. A ce moment là, je gagnais 20 000 francs par mois. C’était déjà énorme et je ne me voyais pas quitter le club à cause de la D2 ! Et puis on a joué la Coupe d’Europe alors qu’on était en Deuxième Division ! Quand on remonte et que je vois le premier match avec Pedros, Letchkov et Gravelaine, je me dis que je vais mettre 30 buts en D1 ! Y’avait de super passeurs ! »

Tu étais plus passeur que buteur, non ?

« Mais c’était le système mis en place qui voulait aussi ça. La tactique de Bernard Tapie, c’était un attaquant de classe mondiale et 10 soldats autour qui sont là pour le servir. Mais, moi, ça m’allait super bien.

Papin ?

C’est pas compliqué. Lui, il cadrait 95% de ses tirs. En match comme à l’entrainement. J’ai vite compris que je serai là pour lui faire des centres.

Sonny Anderson ?

Le bonhomme, il débarque en plein hiver de Suisse avec sa coupe afro et ses chemises à fleur. Et, dès le premier entrainement, on se regarde et on se dit : « mais c’est qui ce gars ? » Un phénomène d’agilité, de vitesse et d’efficacité.

Cascarino ?

Lui aussi c’était un buteur d’exception. Franchement, quand il arrive, il est inconnu de nous tous. Et dès les premiers matchs, il met tout le monde d’accord ! Il a parlé marseillais au bout de deux mois et jouait à la contrée avec nous ! »

Y-a-t-il d’autres joueurs dont tu te souviens précisément ?

« Plein ! Par exemple, Wacou. (NDLR : Didier Wacouboué, défenseur central qui a du arrêter sa carrière à 23 ans pour raisons de santé et qui est décédé en 2010 à l’âge de 37 ans). C’était un monstre en défense. En match de préparation, on a joué la Juventus de Turin et il a muselé Vialli, Ravanelli et Del Piero. Il était immense.

A l’époque, à Marseille, j’ai pu jouer avec des joueurs de classe mondiale donc c’est dur de tous les citer ! Mais je me souviens que quand Futre est arrivé, il s’amusait à dribbler tout le monde et Eric Di Meco lui courait après partout pour le découper !

Et puis Letchkov. Je partageais ma chambre avec lui. Un immense joueur. Un pote. Mais super impliqué par rapport à son pays, il passait des heures au téléphone car il y avait quelques soucis là bas. »

Parmi les entraineurs, tu as eu Roland Courbis.

« Oui. On n’était pas potes du tout ! »

Marc, sérieusement, tu te rappelles du premier entrainement avec Malusci et Franceschini  (NDLR : 2 défenseurs italiens qui ont fait un bide à l’OM) ?

« Il faut préciser que ce n’était pas facile pour eux. Ils débarquaient du Calcio, ils ne parlaient pas français. Mais bon, à la fin des premiers entrainements, on se regarde et on se dit « c’est quoi ces joueurs ? »

Je me souviens de t’avoir vu jouer un match à Gerland contre l’OL en 1997. Il était bizarre ou bidon ce match, non ? (NDLR : match remporté 8/0 par Lyon lors de la dernière journée de championnat)

« Ah oui, il était bizarre, parce que l’OL fait 7 tirs cadrés à la mi-temps et que ça fait 7/0 ! Mais je te jure que ce n’est pas un match bidon. On n’y était pas ce jour-là. Tout simplement. Et l’OL était euphorique. Mais, pour moi, il y avait un gros intérêt car, à l’époque, on me dit que l’OL veut me faire signer ! Alors, ce match, il est encore plus important. Au-delà du score, je fais 2 ciseaux retournés dans le match. Le premier finit sur le poteau et le deuxième casse le nez de Jacek Bak. Le gars, il se retrouve avec le nez sur la joue la veille de son départ en vacances. J’étais malheureux pour lui. C’était pas un match pour moi. »

Et tu ne signes pas à l’OL…

« Ah mais je pense que ce mauvais match n’a rien à voir ! Juste après, je pars en vacances en voiture avec ma famille. Et là, mon GSM sonne. Ma femme répond et me donne le téléphone en me disant : c’est un Monsieur Lacombe ou quelque chose comme ça. Je m’arrête, je prends le GSM et j’entends « bonjour c’est Bernard Lacombe. »  Et moi je lui réponds « c’est qui ?». « C’est Bernard Lacombe. » « Sans déconner c’est qui ? Qui est-ce qui fait le con ? » « Non, Monsieur Libbra, je suis sérieux, c’est Bernard Lacombe » ! Il m’a raconté que l’OL était intéressé par moi et qu’il y avait plusieurs dossiers en cours. Je n’ai pas eu de nouvelles ensuite et je n’ai jamais signé à l’OL. »

Mais tu vas quitter l’OM quand même.

« Oui. Ce jour-là, j’ai compris le foot. Le monde du foot. J’étais 5 ou 6ème attaquant dans la hiérarchie du coach et on ne me donnait aucun espoir de jouer. On me prête à Guingamp comme joker car Rouxel vient de se blesser gravement et est out jusqu’à la fin de saison. C’est Le Graet qui me veut. Juste après avoir signé mon contrat, j’apprends que la blessure de Rouxel n’est pas aussi grave et qu’il pourra rejouer sous 3 semaines. Le coach Smerecki ne me voulait pas et ça a été le début de la galère. On ne me faisait pas jouer et, puisque j’étais prêté, je n’avais aucun espoir de jouer. Gros choc culturel en plus : même pour avoir des chaussures de rechange, parce que les miennes étaient mortes, c’était la galère ! L’intendant à l’om que j’avais au téléphone me disait : « mais Marc, si t’as besoin de chaussures, je peux t’en envoyer une centaine ! ». Bref, une expérience à oublier. »

Comment te retrouves-tu à Cannes ?

 

« Cà, c’est un souvenir exceptionnel ! Et un sacré pari. La saison précédente, avant d’être prêté à Guingamp, j’avais resigné à l’om. Mais quand je reviens de mon prêt, le club a Titi Camara, Flo Maurice, Ravanelli et Dugarry comme attaquants. Bref, ça va être compliqué pour moi de jouer. Et, l’AS Cannes me fait alors une proposition. J’accepte de diviser mon salaire par trois pour jouer en D2. Le président cannois, un type extraordinaire, me fait signer deux ans et me dit « si tu me régales, tu seras libre de partir dans un an. » C’était une vraie famille avec le Papy Wilfried Gohel ! Je me suis éclaté même si les résultats du club ont été moyens. Et, à la fin de la saison, le président tient sa promesse et me laisse libre de jouer où je veux. Un grand bonhomme. »

Te voilà alors à Toulouse ?

« C’est Alain Giresse qui me recrute ! Un type extra et, quand il te parle, tu écoutes Monsieur Giresse ! En D2, je joue avec Petrovic en attaque et on se régale. On doit mettre 25 buts à deux. Y’avait aussi Laurent Courtois (NDLR : qui joue aujourd’hui en MLS) pour nous donner les ballons. Un vrai joueur de foot, un vrai gentil. Et le TFC remonte en D1. »

Et là, c’est la catastrophe ?

« Du grand n’importe quoi. D’abord, y’a un recrutement massif avec au moins 15 joueurs qui arrivent. Et, forcément, y’a une cassure avec le groupe qui est monté. Y’a aussi des différences de salaires incroyables entre les nouveaux arrivants et ceux qui ont permis au club de remonter. Bref, les résultats sont mauvais tout de suite, l’ambiance n’est pas bonne, et, Alain Giresse, celui qui a fait monter le club, est licencié dès le mois d’octobre. C’est Robert Nouzaret qui prend la suite (NDLR : entraineur formé à Lyon et devenu ensuite entraineur de l’asse) et d’entrée il me dit « tu n’as pas le niveau de la L1 donc tu ne joueras jamais ». Bref, il ne m’aime pas et je ne l’aime pas. Et surtout, moi qui adore le foot, je ne joue plus. Je suis écœuré et le TFC va me pousser dehors. »

Dans la troisième partie, Marc Libbra reviendra sur son départ soudain de Toulouse, sa découverte du foot britannique, sa fin de carrière et son retour sur les terrains.

La partie 1 est ici : https://lefootballvrai.wordpress.com/2013/01/29/lefootballvrai-selon-les-footballeurs-vrais-episode-10-marc-libbra-partie-13/

Lyonnais gourmet

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3 réflexions au sujet de « #LeFootballVrai selon les footballeurs vrais : Episode 10 – Marc Libbra ( Partie 2/3 ) »

  1. Il oublie de nous dire comme il s’est retrouvé dans les buts du TFC durant un match contre Gueugnon après l’expulsion de Gouaméné après 20 minutes !! Match remporté par les Violets 2 à 0 et Marc se retrouve porté en triomphe par ses coéquipiers !! Un vrai grand moment pour ceux qui y étaient

  2. Bonjour Marc je suis le neuveu de Wacou merci pour l hommage que tu lui a rendu j espère te rencontrer pour que tu puisses me dire des belles anecdotes sur mon oncle adore paix à son âme

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