#LeFootballVrai selon les footballeurs vrais : Episode 10 – Marc Libbra ( Partie 3/3 )

tftftftfururuTu ne joues plus au TFC et on te met dehors ?

« C’est un peu ça. Franchement, j’étais écoeuré. Je faisais le job, j’allais aux entrainements, je me déchirais, mais je savais que je n’avais aucune chance de jouer le week-end. A ce moment-là, tu es content d’avoir une famille solide ! J’allais chercher mes enfants à l’école puisque ma femme travaillait.

Et puis, à la fin du mercato d’hiver, Didier Couécou (NDLR : directeur sportif du TFC) me convoque un jour à 14H. Il me dit « bon, Marc, faudrait que tu partes et j’ai une touche en Ecosse pour toi. » Moi, je lui réponds que je vais en discuter avec ma femme. Et lui me dit tout de suite « en fait, y’a un avion ce soir pour Edimbourg et j’ai deux billets, un pour toi, un pour moi. » Bon, là, je comprends que je n’ai pas trop le choix et j’appelle ma femme qui hallucine. Je lui dis que je pars 3 heures après en Ecosse. Pour voir. Pas pour signer ! Couécou avait tout manigancé avec le club d’Hibernian dans mon dos. C’est aussi ça le foot.

On arrive là bas. Dans un Grand Hôtel. Je ne parle pas un mot d’anglais mais il y a un interprète. Y’a aussi le coach, c’est Alex Mc Leish. Le trésorier du club me montre le contrat. En brut, c’est la même chose qu’à Toulouse donc je dis non. Mais on me précise que c’est du net. Alors je commence à dire « pourquoi pas ». Je demande à voir Franck Sauzée qui joue dans ce club et il me dit « si tu bosses sérieusement, tu vas t’éclater ici. On joue au ballon ». A ce moment là, y’a aussi David Zitelli comme joueur français dans le club. Hibernian veut me proposer un essai de 3 jours et en fait je signe pour 4 mois. Le lendemain, on me prête la voiture et un appartement. C’est super pro. »

Te voilà donc joueur au FC Hibernian avec un premier match particulier…

« Et oui. C’est le début des surprises. Le premier match a lieu un jeudi au Celtic Park, contre le Celtic, une semaine après mon arrivée. Et là, on me dit RV à 14h au stade pour un match prévu à 19 ! Je vais voir Sauzée et je lui dis « c’est quoi ce bordel ? ». Et lui me répond qu’il n’y a jamais de mise au vert et qu’on va au match directement ! Le choc.

Dans le bus, le coach me dit que je suis remplaçant car il pense que je vais être intimidé. A ce moment-là, je deviens fou et je me dis que je vais repartir illico ! Je me dis « mais il m’a pris pour un con ce gars ou quoi ? ». Sauzée me calme et me dit qu’un match au Celtic c’est un truc particulier ! On arrive au stade et on va dans les vestiaires. Et là, je vois un truc dingue : les mecs s’entrainent sous les douches ! Ils se tapent des sprints dans les couloirs, ils font des étirements dans les douches. Je me demande où je suis tombé. Moi, je la joue à la française et je vais sur le terrain pour sentir l’atmosphère. Je rentre sur la pelouse. Le stade est vide. Mort. Il fait un froid glacial. Je sens que j’ai pris la mauvaise décision en venant ici ! Non mais c’est quoi cette histoire ? Elle est où la caméra cachée ? Et puis, je rejoins les vestiaires. 10 minutes avant le match, les titulaires entrent sur le terrain et les remplaçants vont en tribunes. Et là il se passe un truc extraordinaire. »

Un truc extraordinaire ? C’est-à-dire ?

« Le stade est plein, y’a un bruit d’enfer, la pression du public et des sifflets t’écrasent, tes épaules deviennent hyper lourdes. Tu perds conscience. Et, d’un seul coup, les joueurs du Celtic entrent sur le terrain en sprintant et le stade hurle. Je n’ai jamais vécu un truc comme ça. A ce moment là, je me suis dit « bon, c’est pas mal en fait ! »

Je vais m’asseoir en tribunes, au milieu des supporters. Immense respect pour les joueurs. Incroyable.

Au bout de quinze minutes, on prend un but et je comprends que j’ai bien fait de ne pas jouer ce match ! Le Celtic avait gagné tous ses matchs à domicile depuis presque un an !

Là, le coach me fait signe d’aller m’échauffer. Je suis comme un dingue. Je fais des sprints. Je me déshabille, me mets en tenue et y’a l’interprète qui me dit « non mais tu ne rentres pas Marc, tous les remplaçants s’échauffent pour être chauds au cas où ! ». Je ne comprends plus rien. »

Et tu vas rentrer en fin de match ?

« A la 75ème minute, le coach me demande de me déshabiller pour rentrer. A ce moment-là, je n’ai rien à perdre et le score est toujours de 1 à 0 pour le Celtic. Personne ne me connait mais moi j’avais regardé les noms des joueurs du Celtic et je les connaissais quasiment tous. C’était une vraie bonne équipe qui jouait la Coupe d’Europe ! 10 minutes après mon entrée, Zitelli déborde, centre, et je marque. Je reste figé. Il doit y avoir 10 secondes de silence. Je savoure. C’est comme dans un rêve ! »

Après cette entrée fracassante, qu’est ce qu’il se passe ?

« A la fin du match, il y a le Paganelli anglais qui vient m’interviewer mais moi je ne parle pas anglais et je ne comprends rien ! Alors je lui dis « happy, good game ».

Et, le lendemain, la presse écossaise titre avec une photo de moi : « who’s this man ? »

Pendant 4 mois, je me suis éclaté. Du combat physique et une passion jamais vue ! Une mentalité extra. C’est vraiment le pied pour un footballeur. J’ai même joué une finale de Cup à Hampden Park ! »

Pourquoi tu ne restes pas en Ecosse ?

« A cause du TFC ! Après mon prêt en Ecosse, il se dit que le Celtic est prêt à mettre 1 million de pounds pour me transférer. Hibernian me veut aussi définitivement. Dans le même temps, le TFC dépose le bilan et je ne touche plus aucun salaire. Sauf que le liquidateur judiciaire ne veut pas me laisser partir libre et fait monter les enchères ! A ce moment-là, j’ai l’impression que le pire recommence. Le problème est insoluble parce que le Celtic attend que je sois libre alors que le TFC veut me vendre. Et je ne touche plus rien ! J’ai discuté avec le Celtic et je leur ai dit que je ne pouvais pas m’engager. Eux, ils avaient besoin de planifier donc ça ne s’est pas fait. Et c’est là que Norwich est arrivé. Moi, je ne voulais plus attendre et je voulais jouer (NDLR : Baldé, célèbre défenseur central du Celtic a pu signer libre au Celtic car il a attendu). Norwich fait une offre à Toulouse. Le club est en Division One (NDLR : l’équivalent de la D2), c’est un petit club, mais il veut monter en Premier League en une saison. Le budget est énorme (500 millions de francs) et, quand je vais sur place, je vois un centre de foot que personne n’avait en France ! »

Te voilà donc en Angleterre, à Norwich City !

« Je me suis tout de suite senti bien dans ce club. Au-delà des incroyables infrastructures, il y avait beaucoup d’ambition ! Je signe un contrat un peu étrange. Il était évolutif avec un salaire pour 20 matchs, puis pour 40, puis pour 60 matchs disputés. En deuxième partie de saison, je prends un mois de suspension pour bagarre car j’avais été pris par une caméra lors d’un match contre Birmingham. Nous nous qualifions pour les play-offs et je dispute mon 39ème match en ½ ! Le club a alors des soucis financiers et, si je dispute la finale à Cardiff, mon salaire sera automatiquement augmenté ! Le club ne veut pas prendre le risque et moi je veux jouer cette finale devant 70 000 personnes ! Je demande à un avocat de rédiger un avenant mais on n’a pas le temps et les dirigeants n’osent pas. Je ne voulais pas d’argent, je voulais juste jouer ce match de gala synonyme d’accession en Premier League!

Je ne joue pas. On marque à la 116ème, on se fait égaliser à la 117ème et on perd aux tirs au but. Le club ne monte pas et est étranglé financièrement. On demande alors à tous les étrangers et « gros » salaires de quitter le club. Je ne suis resté qu’une saison mais je m’y suis senti super bien ! C’est une vraie grosse désillusion ! »

Et tu rebondis où ? Tu n’as alors que 30 ans !

« Je veux prendre du plaisir. Je signe à Créteil. Puis la saison suivante à Ajaccio. J’avais un contrat fédéral : 750 euros par mois. Mais le projet ne fonctionne pas. C’est un échec. »

Et tu franchis à nouveau la Manche ?

« Livingstone me contacte. C’est l’Ecosse, le jeu m’y plait, la passion est importante. Alors, je signe un contrat de 2 ans. Au bout de 3 mois, le coach qui m’avait fait venir est licencié. Le nouvel entraineur ne veut pas de moi et je ne joue plus. A ce moment-là, il n’y a plus de plaisir et mes deux fils me manquent terriblement. On m’annonce au Qatar ou au Portugal mais je n’ai absolument aucun contact et surtout je n’ai plus envie de jouer. Je prends la décision d’arrêter, je veux rentrer en France. »

A 32 ans, tu en as marre ?

« Oui, dans ma tête, c’est fini, alors qu’il me reste 18 mois de contrat ! Je vais voir la présidente de Livingstone pour lui demander de résilier mon contrat lors du premier mercato d’hiver. Elle refuse. Je lui répète que je réclame 0 livre sterling et que je n’ai juste plus envie de jouer. Elle ne me croit pas. Elle lit des rumeurs et a peur que je signe ailleurs une fois libre. Je m’engage et lui donne ma parole. Le 30 janvier 2005, le contrat est cassé et je ne reçois aucune indemnité comme convenu. Le 31, je suis en France et je reçois un appel pour un juteux contrat sur l’Ile de Madère. Mais j’avais pris ma décision : je ne voulais plus jouer. Alors j’ai dit « non merci, au revoir ». Et j’ai changé de numéro de téléphone. Voilà comment j’ai arrêté ma carrière. »

Tu ne quittes pas le terrain très longtemps…

« En effet ! Au mois de juillet, je rencontre Jean Charles Sabatier qui travaille pour Canal+. Et je deviens homme de terrain. Ce fut une très bonne expérience. Et, aujourd’hui, j’habite à Paris et j’interviens comme consultant pour L’Equipe 21. Et ça me plait beaucoup ! »

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Lyonnais gourmet

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2 réflexions au sujet de « #LeFootballVrai selon les footballeurs vrais : Episode 10 – Marc Libbra ( Partie 3/3 ) »

  1. merci pour ce superbe entretien avec un gars pour qui (quand j’étais minot et qu’il jouait à l’OM) il ne fallait surtout pas dire de mal devant moi !!

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