#LeFootballVrai par un journaliste vrai – Episode 17 : Laurent Aquilo

Laurent Aquilo ( à droite )

Laurent Aquilo ( à droite )

Laurent Aquilo est journaliste au quotidien régional Le Télégramme. Spécialiste du ballon rond, il est chargé de suivre l’actualité du FC Lorient et de l’équipe de France. Entretien avec un amoureux du football brésilien.

Le match qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

La finale de Coupe des Coupes Dinamo Kiev – Atletico Madrid en 1986 à
Gerland. Un massacre dont le score final (3-0, but de Zavarov, Blokhine
et Yevtushenko) traduit mal l’ampleur. Peut-être le chef-d’œuvre le plus
accompli de football collectif, avec des lapins Duracell ukrainiens
courant tout le temps et partout. Une boucherie.

Le stade qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

Le Maracana d’avant les travaux. Un truc incroyable, une sorte de
soucoupe volante posée au pied de la montagne et des favelas, avec
d’immenses rampes d’accès, où chaque torcida grimpe de son côté, séparée
par des wagons de flics. Dans les gradins, c’est digne d’un marché aux
puces. Des instruments de musique bricolés, des postes de radio énormes
qui crachent fort. Et des mecs de 70 balais qui descendent les marches en
courant à chaque but et qui dansent pendant tout le match. La première
fois aussi que j’ai vu un arbitre mettre un coup de bombe fluo sur la
pelouse pour placer le mur à distance. Plus fort que l’arbitrage vidéo.
Le joueur qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

Ce n’est pas très original, mais tous ceux qui ont suivi la saison de
Nantes en 1995, de loin le plus beau football jamais joué en France ces
vingt dernières années, n’oublieront jamais Reynald Pedros. Ses
chaussettes strappées et relevées, son allure de junior et ses
fulgurances. Un joueur emmené par un unique objectif, l’envie de jouer,
de partager, de créer le spectacle sans jamais en rajouter. Un artiste
beaucoup trop délicat pour l’équipe de France ou l’OM.

  Le but qui pour toi symbolise #LeFootballVrai

Le but de Careca contre la France à Guadalajara, en 1986. Parce qu’il
concrétisait une énorme période de domination brésilienne depuis le
début de la rencontre. Parce que la fluidité de mouvement avait mis, à
force de décalage, la défense française à l’agonie. Parce qu’il était
imparable. Parce qu’il allait marquer le point de départ d’un incroyable
revirement de situation dans un match devenu légende. Parce qu’il
marquait le point final de l’aventure d’une génération exceptionnelle
qui n’a rien gagné.

  Le maillot qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

Le maillot de Flamengo, le club le plus suivi de Rio et de tout le
Brésil, avec ses bandes horizontales rouge et noir. Un signe
d’appartenance pour un club qui représente largement la communauté noire
et métisse du pays. Quand tu te balades avec, des pouces se lèvent, les
mecs au bord de la route te saluent, t’as l’impression de faire partie
de la communauté. Une sensation étrange et unique. Je n’ai jamais tenté
le coup avec le maillot de Rennes.
 Le club qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

Gueugnon. En août, tu y cuis, en hiver, tu te pèles grave. Une tribune
de presse vitrée riquiqui, mais en même temps il n’y a jamais grand
monde non plus. La patronne du bistrot qui vous accueille d’un grand
« c’est vous les journalistes », quand vous débarquez un samedi après-midi
d’août, lorsque les usines sont fermées. Le speaker qui vous ramène en
bagnole à Montceau après le match et qui fait demi-tour parce que vous
avez oublié votre sac en tribune. Le gardien qui rouvre et rallume le
stade rien que pour vous. Des gens bien.

  Le Coach qui pour toi symbolise #LeFootballVrai

Brian Clough, champion d’Europe avec Nottingham Forest, le roi de
l’aphorisme. Celui-ci, par exemple, magnifique. « Ce Seaman est un
charmant jeune homme, mais il passe trop de temps à regarder son miroir
plutôt que le ballon. On ne peut pas garder les buts avec une telle
coupe de cheveux. » Un choix pour recommander la lecture de « 44 jours,
the Damned United » de David Peace, le bouquin sur son furtif passage à
la tête de Leeds, autrement plus riche que le film qui en a été tiré.
Sinon, rayon bouquins, le « Carton jaune » de Nick Hornby, sur ses émois
de supporter du Boring Arsenal d’avant Wenger est un must.

  Le sandwich qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

L’américain steak ketchup, avec frites. Parce que la pain et la viande,
c’est l’accompagnement. L’ingrédient indispensable, c’est la frite, qui
géographiquement, ne se cueille que dans le Nord. Pour de la frite de
qualité, oublier Lille et prendre direction Lens ou Valenciennes. Bonnes
adresse dans les bistrots face à l’ancien Nungesser. Sinon, pour de la
frite artisanale copieuse, Beauvais était à l’époque de la D2 une place
incontournable.

  La boisson qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

L’alcool de menthe à 40°, seul produit dopant autorisé dans les
vestiaires avant les matchs en district. Deux gouttes chacun, pas plus,
avant de partir au combat. De toute façon, quand t’as dix-huit ans, ça
arrache tellement que tu ne demandes pas de rab.

  La compétition qui, pour toi, symbolise #LeFootballVrai

La Coupe de France évidemment , de préférence entre le septième tour et
les huitièmes de finales, quand il y a de belles histoires à raconter.
Parce que c’est la seule compétition où un club de DRH breton peut se
faire sortir sur tapis vert pour avoir fait jouer un latéral camerounais
sous licence amateur alors qu’il était pro en D2 portugaise l’année
précédente. Parce que c’est la seule compétition où un club de CFA 2
voisin finit à deux doigts d’éliminer le PSG pour le premier match de
Carlo Ancelotti avec Paris.

  La coupe de cheveux qui symbolise pour toi #LeFootballVrai

Sans doute aucun la permanente intégrale colombienne du Real Valladolid
1991-1992. Version blonde avec Valderrama, brune avec Alvarez, ou
indomptable avec Higuita. Un souvenir incroyable au stade de la
Romareda, à Saragosse. Sur le coup d’envoi, le ballon est remis en
retrait à Higuita qui sort de la surface balle au pied, dribble deux
joueurs, se rend compte qu’il est dans une impasse et balance un gros sac
en touche avant de repartir en courant dans ses buts. Un quart d’heure
plus tard, adossé à son poteau, il buvait une canette de bière lancé par
un spectateur. Six mois de beuverie plus tard, Valladolid finissait
dernier du championnat et retournait en D2. Le « toque » de Maturana
s’était noyé dans l’alcool et la fumée.

Propos recueillis par Alex Cariou

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