US Quevilly : Grandeur et des carences

Le 1er mai 2012, les joueurs de l'USQ fêtés en héros dans les rues de la ville après leur parcours en Coupe de France

Le 1er mai 2012, les joueurs de l’USQ fêtés en héros dans les rues de la ville après leur parcours en Coupe de France

La semaine dernière, c’est tout le quart nord-ouest de la France qui s’est retrouvé sous la neige. Les mauvaises langues ont trouvé une explication plus ou moins rationnelle à ce phénomène météorologique: deux jours avant l’arrivée des premiers flocons, l’US Quevilly avait gagné un match en championnat de National. Ce n’était plus arrivé depuis le 3 mai 2012 et un match épineux à Epinal. Pire, la dernière victoire à domicile remontait au 20 décembre 2011, ce soir-là, les Canaris avaient bâillonné Bayonne. Une époque où ça souriait aussi en Coupe de France. Une époque révolue. Que reste-il de ce Quevilly qui paradait en ville sur un bus à impérial après sa finale au Stade de France ? Que reste-il de ce collectif bien huilé ? Que reste-il de nos amours ? Plongée dans les travées de Lozai, entre couche de neige et fin de championnat sur piste noire.

Sur les terrains 5×5 du Five, le complexe foot en salle de Jean-Marie Aubry, un petit courant d’air glacial s’invite à l’entraînement des joueurs de l’US Quevilly. L’atmosphère autour du club se rafraîchit encore, mais au sens propre du terme cette fois. Sur le synthétique, l’ambiance est un peu tendue et les différentes oppositions intenses. Ce jour-là, le planning du club indiquait une séance au stade Lozai, mais à cause de la neige, il a fallu se rabattre sur le travail en salle. Les voisins du FC Rouen avaient eu la même idée en occupant le créneau précédent. En général, l’ambiance est détendue en semaine quand un club gagne le week-end précédent. Pas à Quevilly, où les Jaunes ont déjà un pied et quatre orteils et demi en CFA. « Cette victoire, c’est plus un soulagement pour tout le monde, mais je ne suis pas là pour vendre du rêve. C’est compliqué de parler de maintien alors qu’il faudrait gagner onze matches sur douze. Après, le foot, c’est tellement bizarre… », déroule Farid Fouzari, le coach arrivé en novembre pour remplacer Laurent Hatton à la hâte.

Pas de bâche, encore moins de pelouse chauffée pour le champêtre stade Lozai de Quevilly…

Pas de bâche, encore moins de pelouse chauffée pour le champêtre stade Lozai de Quevilly

... les joueurs ont donc trouvé refuge au Five, le complexe de foot en salle situé juste en face du stade Lozai

… les joueurs ont donc trouvé refuge au Five, le complexe de foot en salle situé juste en face du stade Lozai

Sur le terrain synthétique, les oppositions suscitent quelques tensions, le capitaine Grégory Beaugrard reproche à certains de ses partenaires de ne pas jouer le jeu. Deux autres profitent d’une pause pour échanger le ballon en jongles : « Le premier qui fait tomber la balle paie le Mc Do ». Une boutade ? Non, l’hygiène de vie n’est déjà pas scrupuleusement respectée en D1, alors en D3… Là, c’est peut-être plus gênant alors que le club est bon dernier. Et la fin de saison ? Un long chemin de croix ? Farid Fouzari prend le temps de la réflexion : « Il aurait fallu mettre des mots sur les maux depuis longtemps. Quand on enchaîne les défaites, on a beau varier les causeries… Moi je ne suis pas là pour faire plaisir à untel ou untel, pas là pour faire du social. Avant le match remporté face à Uzès, j’ai effectué six changements dans l’équipe, c’est énorme ! » Dans l’animation de sa séance, le coach quevillais a remarqué les quelques tensions. Pour lui, c’est plutôt bon signe : « Cela montre que les joueurs sont concernés, qu’il y a de l’envie. Mais il m’est déjà arrivé d’arrêter une séance quand ce n’était pas le cas. Nous sommes obligés d’avancer collectivement, parce qu’un joueur qui lâche, c’est un joueur qui s’élimine tout seul ».

Farid Fouzari garde un discours positif malgré une situation mal embarquée

Farid Fouzari garde un discours positif malgré une situation mal embarquée

Cette première victoire, c’est pas la joie, on l’aura compris. « Il fallait quand même sauver l’honneur. Traverser un championnat sans gagner un seul match, c’est sûrement du jamais vu », souligne Arnaud Rabany, journaliste au quotidien régional Paris Normandie, affecté au suivi de l’USQ. Pour comprendre une telle situation, il faut remonter à la saison dernière. Tout le monde se souvient de l’épopée de ce Petit Poucet drapé de jaune, de ces Canaris qui ont éliminé l’OM ou le Stade Rennais avant d’échouer contre Lyon en finale. Un ravissement pour le supporter des clubs d’en bas, une certaine idée du football vrai d’aujourd’hui. Le club pouvait-il aller plus haut que cet exploit ? Pouvait-il repartir aussitôt sur des bases aussi élevées ? Ou bien la claque était-elle inéluctable ? Pour Farid Fouzari, « c’était sûrement la fin d’un cycle ». La fin du projet de Régis Brouard, coach-magicien-bellâtre parti à Clermont. Le départ d’une dizaine de joueurs majeurs, dont la ligne d’attaque en entier. Pour Arnaud Rabany, « le président Mallet n’avait pas spécialement anticipé le départ de Brouard. Les meilleurs joueurs ont profité de l’exposition de la Coupe pour partir. D’autres avaient dans l’idée de rester, mais sont tombés de haut lorsqu’ils ont découvert le nouveau projet. » Une succession de décisions, d’orientations et de choix seraient donc à l’origine de ce couac.

Les joueurs de l'USQ s'entraînent sous l'œil de Diego Maradona, que l’on dit en balance entre Montpellier et Quevilly

Les joueurs de l’USQ s’entraînent sous l’œil de Diego Maradona, que l’on dit en balance entre Montpellier et Quevilly

Michel Mallet, président de l’USQ, est aussi un homme d’affaire éclairé (il vient d’ouvrir un All Sport Café sur les quais de la Seine, dans un quartier nouveau de Rouen), et membre de l’équipe de Noël Le Graët à la FFF. De la parade en bus à la dernière place promise à son club en National, une année seulement s’est écoulée. Son club a coulé. Chez les supporters aussi les rêves sont abîmés. Pour voir les Canaris gagner contre Uzès, ils étaient un peu plus de 550. « En ville, les gens ne nous accablent pas. Ils sont encore derrière le club, même si la situation est forcément mal vécue, surtout par rapport au parcours en Coupe », assure Farid Fouzari. Les autocollants à l’arrière des bagnoles et sur les boîtes aux lettres, encore très nombreux en ville, ont quand même de quoi surprendre le touriste (égaré alors) qui lirait le classement du club dans le journal.

Revient alors sur le tapis l’éternelle question de la fusion des deux voisins : le FC Rouen et l’US Quevilly. Un serpent de mer difficile à dompter, à cause de relations fraîches entre dirigeants des deux équipes. Les collectivités territoriales se frotteraient les mains d’une telle action, mais la possibilité de voir les Rouges et les Jaunes former un beau maillot sang et or semble aussi difficile que de marier le PSG au Paris FC. Cette année, avec l’arrivée de Thierry Granturco à la tête du FC Rouen et la descente plus que probable de l’USQ, la donne pourrait changer. Chacun aurait ses atouts à proposer : les infrastructures et une équipe administrative complète, un budget dans la tranche haute pour le FCR ; la qualité de la formation pour l’USQ (le club est qualifié pour les 1/8ème de finale de la Coupe Gambardella). Le cocktail aurait de la gueule. Serait-il au goût des supporters des villes rivales ? Rien n’est moins sûr…

USQpppp

Et si l’US Qevilly fusionnait (enfin) avec son voisin rouennais?

Le week-end dernier, l’US Quevilly a ramené un bon nul d’Epinal. Pas suffisant pour croire encore au maintien. Même si l’USQ a habitué la France du foot à des exploits bien plus compliqués.

  Hymne du National

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