Armand Raimbault : El Goaleador

SAB_4169Un nom de poète du 19ème siècle, qui fleure bon la nostalgie, l’alexandrin et la métaphore filée. Et pourtant. Pourtant, Armand Raimbault n’appartient pas à la caste de son homonyme Arthur ou d’autres écrivains plus ou moins connus voire talentueux. La confrérie d’Armand serait plutôt celle des José-Luis Chilavert, Hans-Jorg Butt ou Rogerio Ceni.

Des gardiens, certes mais pas n’importe lesquels. Une sorte de gardien plutôt rare : ceux qui marquent, et pas que les esprits. Des buts, des vrais. On ne pense pas à ceux qui comme Ali Ahamada ou Oliver Kahn marquent un but chanceux sur corner, le ballon sept fois dévié avant de franchir difficilement la ligne. Non, on parle ici de buteurs réguliers.

Le jeu de tête n’étant pas son fort, ses coup-francs moyennement performants, Armand Raimbault s’est donc fait spécialiste … des penaltys. Certains les arrêtent, lui, les marque voire même réalise les deux dans le même match. Voici l’histoire de celui qu’on aurait pu surnommer « le goaleador » et qui aujourd’hui, exerce toujours sur les terrains de foot, mais en tant qu’entraineur.

Notre héros est né le 21 février 1976, ce qui n’est pas grave. Après des études à Blois, il rentre au centre de formation du FC Tours en 1991 ce qui est déjà plus embêtant. Car à l’époque après un glorieux passé en 1ère division, Tours dégringole. Quelques temps en deuxième division, avec quand même des footballeurs vrais comme Olivier Pickeu ou Jean-Marc Adjovi-Bocco et un superbe binôme judiciaire constitué de Jean-Jacques Eydelie et Jacques Glassman. Puis plus rien. Le FCT est rétrogradé en CFA, déprime puis renait péniblement au début des années 90 en devenant le Tours FC.

Paradoxalement, ce déclin sportif est la chance d’Armand. Après avoir partagé la chambre d’un certain Patrick Vieira (excusez du peu) au centre de formation tourangeau, le portier accède à l’équipe première. Des bouts de matchs par ci par là. Des remplacements lors des premiers tours exotiques de la Coupe de France, surtout. Son premier but, Raimbault le met en 1993 dans le bouillonnant derby Turon, contre Joué-lès-Tours en Coupe de France. « Cette saison-là, on avait raté trois penaltys, raconte-t-il. Quand l’arbitre nous en a accordé un, j’ai fait un signe à mon entraîneur et il m’a dit d’y aller. » Le début d’un phénomène mondialement connu mais dans l’Indre et Loire uniquement. »Monsieur Penalty » était née.

Souvent sur le banc des remplaçants au début des années 2000, il connaît par cœur tout les bancs de CFA. Puis premier match en pro en 2002. Il remplace le titulaire de l’époque, (Pascal Dupuis) et ne quittera plus le onze de départ. 36 fois titulaires cette année là, il s’impose en patron. A déjà 26 ans, il était temps d’exploser, il le sait et il fait ce qu’il faut auprès de ses partenaires pour apparaître en vrai taulier. Peu de temps après, il porte alors le brassard et devient indispensable.

Les partenaires se suivent, les attaquants aussi. Pourtant la hiérarchie des tireurs de penaltys, elle, ne change jamais. Même lorsque le club est promu en National. Même lorsque le club compte dans ses rangs des Cédric Mionnet, des Georges Ba , Christophe Mandanne et même la légende Tony Vairelles.

Le patron des pénos, c’est Armand. Il faut dire qu’en 4 saisons consécutives (2002-2006), il n’en manque pas un seul ! 17 buts en 4 saisons, toutes compétitions confondues. Lors de la saison 2005-2006, il finit second meilleur buteur du club avec pas moins de 6 réalisations. Un tueur.

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Mais comment fait-il?

« En tant que gardien, tu appréhendes mieux cet exercice, explique-t-il au journal «Le Parisien». Quand je traverse le terrain pour aller tirer, c’est le black-out dans ma tête. Après, c’est une question de mental et de feeling. Les gestes du gardien me donnent une indication. Tout est dans le regard. »

L’œil du tigre, évidement.

N’a-t-il jamais eu peur de se rater et que l’équipe adverse marque en contre attaque ? Peut être, mais ça n’est jamais arrivé.

Les gardiens le redoutent et les médias commencent à s’intéresser à lui. France 2, Canal +, tout le monde y va de son petit reportage sur le phénomène. A tel point qu’il a quelques touches avec des clubs de Ligue 1. En 2004, Christophe Bouchet, alors président de l’OM et d’origine tourangelle, repère le bonhomme et hésite à en faire la doublure de Barthez, rien que ça. La doublure de l’époque s’appelle Gavanon et n’apporte, comment dire, pas assez de garanties sportives.

Mais finalement, rien ne se concrétise et le portier reste fidèle à son club formateur. C’est con, à peu de choses près, Raimbaut aurait pu disputer une seconde mi-temps de finale de Coupe de l’UEFA. La vie est folle.

Pourtant malgré cette reconnaissance tardive, la montée en ligue 2 en 2007 change la donne. Plus du tout inamovible en tant que gardien, il ne l’est plus non plus en tant que pichichi des 9 mètres 15. Lors de l’intersaison, il se rate en amical contre Toulouse, Nicolas Douchez réussit à stopper le ballon. Premier échec depuis des lustres et sanction directe : Daniel Sanchez, alors entraîneur du club tourangeau désigne Diego Gomez comme tireur n° 1. Et un certain … Laurent Koscielny comme numéro deux.

S’en suit une saison compliquée ou le club se vautre littéralement en championnat. Bon dernier de Ligue 2, le club retourne en National. La relégation passe d’autant plus mal que Raimbault est mis de côté, malgré quelque 17 matchs disputés en Ligue 2 pour un but tout de même. Il reste tout de même lié au club de la plus belle ville du monde lors de la saison suivante. Avec l’arrivée de l’ancien Auxerrois Sopalski, Raimbault est poussé dehors lors de l’intersaison 2008.

Il reste dans la région puisqu’il signe à Orleans, en CFA. Ou il ne joue pas davantage et décide donc de raccrocher les gants, et les crampons. Il devient entraineur successivement de Joué les Tours puis d’Avoine en DH, ou il officie toujours.

Et la légende dit qu’il continue de martyriser les gardiens lors des séances d’entrainements de tirs aux buts. Mais même des années après son départ, on parle encore souvent d’Armand Raimbault dans les tribunes du Stade la Vallé du Cher et dans les bars PMU de Tours. Un footballeur vrai. Un mec qui reste très abordable. Une légende.

Il faut dire qu’avec 42 pénaltys inscrits tout au long de sa carrière, son taux de réussite dans cet exercice a de quoi faire pâlir de honte certains joueurs de champ.

Riambault

@Freezze37  avec l’aide de @la_nr_sylvain

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2 réflexions au sujet de « Armand Raimbault : El Goaleador »

  1. A ma connaissance, le penalty est tiré a 11 mètres du but et non 9m15. Ce sont les defenseurs qui doivent être à 9m15 du ballon (d’où cet arc de cercle devant la surface de reparation).

  2. Sympa dans l’ensemble, le papier regorge quand même d’erreurs chronologiques :
    – Armand devient titulaire au Tours FC à la fin des années 90, pas après Dupuis (gardien de la D2 au début des 90’s) mais en succédant à Chatrefoux. Il est alors bien plus jeune que 26 ans. Et ses débuts sont en CFA, niveau de Tours à l’époque, donc pas en pro.
    – La saison catastrophique en Ligue 2 n’est pas avec Sanchez comme entraîneur mais avec Falette. Sanchez, comme Koscielny, n’arrive que la saison suivante, en National.

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