Un derby à vous casser le Rhin

Alsace

On avait fini par croire qu’ils avaient intégré la Bundesliga. Ces dernières saisons, le RC Strasbourg et le FC Mulhouse ont complètement disparu des radars des trois premières divisions françaises. Les deux clubs alsaciens, anciennes grosses écuries du foot français, sont même devancés cette année par le SR Colmar, installé dans le ventre mou du National, dans la hiérarchie des équipes de la région. C’est en CFA, la Division 4, qu’il faut piocher pour retrouver la trace de ces deux locomotives, qui ont évolué en commun en D1 qu’une seule saison, c’était en 1982/1983. Si le RC Strasbourg a ensuite régulièrement fréquenté le premier échelon national, le FC Mulhouse s’est montré un élève assidu à la D2, jusqu’en 1998. Depuis, c’est la cata. Le FCM végète en CFA depuis 1999, s’autorisant même un court séjour en CFA2 lors de la saison 2004/2005. Pourquoi alors s’arrêter sur ces équipes fantôme, ces clubs « has been » et ces joueurs inconnus ? Tout simplement parce que samedi dernier, la Meineau, à Strasbourg, accueillait le derby de l’Alsace devant plus de 20.000 spectateurs. Un record à ce niveau. C’est presque le double du nombre de Toulousains qui se sont déplacés pour aller voir jouer le Téfécé contre Nice ce week-end en D1. Et puis, les deux clubs jouent l’accession au National. Retour sur cet « Alsacico », à travers le témoignage d’un supporter de chaque équipe.

Un sponsor tout trouvé à ce derby de l'Alsace

Un sponsor tout trouvé à ce derby de l’Alsace

Dans les travées du stade de la Meineau, Laurent, 30 ans, abonné depuis 3 ans au RCSA (le « A » pour Alsace, la nouvelle dénomination du club local). Ce derby, on peut dire qu’il l’attendait depuis un petit moment : « Nous avions déjà battu un record l’an dernier avec plus de 10.000 personnes au stade en CFA2. Cela fait des semaines que l’on prépare ce rendez-vous, avec un rassemblement festif avant le match et un grand tifo réalisé spécialement pour l’occasion. » Dans les tribunes, la fête est belle. Et tant pis si le spectacle offert sur la pelouse n’est pas à la hauteur des attentes des 20.044 supporters (0-0 score final). La saison ne se résume d’ailleurs pas à ce seul match puisqu’ils sont en moyenne 7.500 à se mobiliser pour chaque partie disputée à domicile, avec pas moins de 2.700 abonnés.

On connaît des clubs de D2 qui signeraient tout de suite pour de telles statistiques. Y compris des clubs dont le stade est construit sur un rocher, avec des sièges jaunes toujours visibles même en plein match. Côté Mulhousien, une forte mobilisation également. Vous connaissez beaucoup de clubs de CFA qui envoient près de 400 supporters pour soutenir leur équipe à l’extérieur ? Pour Etienne, 46 ans, l’une des voix des Sud Alsace Fans de Mulhouse, la fête se devait d’être belle : « Il y avait une grosse ambiance dans les kops, même des gens qui n’avaient pas l’habitude d’être avec nous se sont joint au groupe. » Pour celui qui a connu l’inauguration du stade de l’Ill à Mulhouse, en 1979, ce match figure déjà dans ses plus beaux souvenirs de supporter.

Comme au match aller, les deux équipes se séparent sur un match nul. Comme souvent lors d’un derby. Une déception pour les Strasbourgeois, longtemps réduits à 10 suite à l’expulsion de Momha à la 44ème minute, mais « un résultat inespéré qui permet de toujours croire à la montée », pour Etienne et le FCM, privé pour ce derby de son attaquant star Mini Balogou. Ce n’est pas du niveau d’un Abedi Pelé (14 matches à Mulhouse en 1987, qui s’en souvient ?), mais c’est le meilleur buteur du club cette saison.

Didier Six, un peu crispé avec les maillots du FCM et de l’Équipe de France sur les épaules

Didier Six, un peu crispé avec les maillots du FCM et de l’Équipe de France sur les épaules

Les grands médias ont surtout parlé d’Arsène Wenger, mais ils sont plusieurs joueurs d’envergure à avoir porté les deux tuniques alsaciennes dans leur carrière. Un coup d’envoi donné par Raymond Domenech et Didier Six aurait eu de la gueule. Parmi les figures à avoir porté le maillot blanc du FCM, on peut noter Jean-Pierre Adams (toujours dans le coma depuis… 1982), Yannick Stopyra ou le buteur suisse Nestor Subiat. Au Racing, les idoles récentes s’appellent Alexander Vencel, Youri Djorkaeff, Franck Lebœuf ou Francis Llacer. Aujourd’hui, les Strasbourgeois peuvent compter avec Sikimic (ex-Guingamp) ou Noro (ex-Sedan), des valeurs sûres. « Milovan Sikimic a une aura qui déteint sur les autres joueurs, c’est un peu le chef de l’équipe, décrypte Laurent. Stéphane Noro avait eu du mal à reprendre le rythme après son retour de Chypre en septembre. Il revient bien et a été décisif sur quelques matches récents. »

A la vue du classement du groupe B de CFA, tout reste ouvert. Deux points seulement séparent Lyon-Duchère (1er) du FC Mulhouse (6ème). Avec le jeu des matches en retard, le RCSA ou le FCM pourraient très bien devancer les Lyonnais, Grenoble, Raon-l’Etape et Moulins, les autres équipes encore en course pour l’unique place dans l’ascenseur du National. Pour que la D3 sente un peu plus la saucisse et la bière l’an prochain, il faudra encourager les équipes alsaciennes.

Preuve que ce derby n’a pas été pris à la rigolade, les supporters mulhousiens ont été escortés de l’entrée de la ville jusqu’au stade par la police. Etienne, qui était dans l’un des trois bus affrétés par les Sud Alsace Fans, n’avait jamais vu ça : « Avant d’entrée dans le stade, tout le monde s’est fait fouiller. Ils regardaient dans les paquets de mouchoirs, les paquets de cigarettes, et même dans les tubes de Labello ! » Les supporters du FCM ont même essuyé quelques jets de projectiles en sortant du stade, « mais rien de grave » pour Etienne, qui s’est tout de même retrouvé escorté par les CRS jusqu’à son bus. Un derby, c’est toujours spécial. Mais celui-là dépassait largement le cadre sportif. En coulisse, les dirigeants mulhousiens n’encaissent pas l’aide financière accordée au RCSA par la Région Alsace. Laurent, le supporter strasbourgeois, éteint l’incendie d’une explication rationnelle : « La « préférence » strasbourgeoise peut être mal perçue par d’autres clubs, mais tout le monde a profité et profitera encore d’un Racing à sa place dans le monde professionnel. Dans chaque club, il y a des joueurs formés au Racing. » L’actualité alsacienne du week-end était aussi marquée par le référendum sur la fusion des institutions locales. Réponse : « Non ». Ici plus qu’ailleurs, on tient à son identité locale. Même chose pour le foot. Son club avant les autres.

Un derby où les prises en sandwich étaient autorisées

Un derby où les prises en sandwich étaient autorisées

Pour remplir les stades d’Alsace, il ne faut pas forcément un miracle, ni la visite du Pape – Jean-Paul II était venu au stade de l’Ill de Mulhouse en 1988 – mais simplement des affiches et des équipes dans les divisions supérieures. Peut-être qu’à ce moment-là L’Alsacienne remettra sa culotte. Pas avant.

Hymne du National

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